Guillaume METAYER, Nietzsche et Voltaire

2011
Edition 

FlammarionLauréat du Prix Emile Perreau-Saussine 2011

Nietzsche
et Voltaire. De la liberté de l'esprit et de la civilisation
 (Flammarion, 2011, préface de Marc Fumaroli, de l’Académie
française) est un essai tiré de recherches doctorales puis postdoctorales effectuées
au sein du Centre de la Langue
et de la Littérature
françaises des XVIIe et XVIIIe siècles (CNRS-Paris IV, UMR 8599), incluant une
mission aux Archives Nietzsche, à Weimar.

Il s’agit
de la première étude de fond sur une filiation oubliée entre deux géants de la
pensée européenne, le roi des Lumières françaises, Voltaire, et Nietzsche, le
héraut contemporain de la « mort de Dieu ».

D’emblée
et par strates successives, l’influence de Voltaire sur la pensée et l’œuvre de
Nietzsche a été minimisée, voire occultée. Elle ne répondait pas aux
idées préconçues que les différentes époques et écoles se sont faites du
philosophe allemand, allant du Nietzsche pangermaniste de la première moitié du
XXe siècle au Nietzsche libertaire des années 1960. Elle ne correspondait pas
davantage au déclin sensible de Voltaire auprès du public cultivé, ni aux
évolutions de la recherche voltairienne centrée, depuis René Pomeau, sur
« la religion de Voltaire », l’édition de textes et une approche
historienne de son esthétique.

Il s’est
donc agi, en un triple mouvement, de retrouver la fécondité littéraire et
philosophique de Voltaire au miroir de sa brillante postérité, d’infléchir
notre lecture de Nietzsche et de ressaisir la portée de cette filiation
émancipatrice à l’ère du « retour au religieux ».

L’essai
met en valeur cette parenté en s’appuyant sur de nombreux éléments factuels
nouveaux, ainsi que sur des analyses de textes comparées. Il révèle que
Nietzsche, qui admirait l’auteur de Mahomet, s’est inspiré de Voltaire
pour élaborer la Naissance
de la Tragédie
. Il montre qu’il a lu l’écrivain avec une extrême attention et qu’il a fait
de ce défenseur et praticien de la contrainte formelle un maître de son nouveau
style philosophique. Il célèbre en lui la fleur d’une civilisation française
raffinée et libérée, héritière de la Renaissance et de sa civilisation de cour,
tristement mise au tombeau par Rousseau puis par la Révolution. Plus
encore, le philosophe allemand imite le vaste combat du Français contre les « préjugés »
religieux dont il applique consciencieusement le programme aux « préjugés
moraux », dans Aurore
(1881) et dès Humain, trop humain (1878),
ouvrage qu’il dédie à la mémoire de Voltaire pour le centenaire de sa mort. Ainsi
parlait Zarathoustra
apparaît même comme une forme nouvelle de « conte
philosophique » qui doit beaucoup à l’importance de Zoroastre dans Zadig et dans toute l’œuvre de Voltaire,
où le législateur perse est érigé déjà en antithèse du christianisme. Nietzsche
reprend et prolonge le rire de Voltaire, son incessant soupçon et sa virulente
satire contre le fanatisme religieux et moral. « Ecrasez l’Infâme »
devient, sous sa plume, « Dionysos contre le Crucifié ! ». Ce message
de vie, de rire et de pensée libre revivifie le « gai savoir » que
Voltaire opposait déjà, en son temps, à la chape de plomb des orthodoxies et du
« ressentiment ».